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Chorus - Les Cahiers de la Chanson - N°32 Eté 2000 Natacha Ezdra C'est l'hommage d'une femme à une autre. Le coup de chapeau d'une jeune interprète à une artiste trop tôt disparue. Natacha Ezdra chante Andrée Simons, et on ne saurait trop l'en féliciter. Parce qu'elle nous fait redécouvrir un très beau répertoire, d'abord, tombé dans un oubli quasi général ces dernières années (voir chorus 28, Rappels). Ensuite parce qu'elle y met toute sa force de conviction, qu'elle s'approprie cet univers sans le déformer et qu'elle le sert de belle manière.
Car ici, outre les qualités intrinsèques de Natacha Ezdra (cf. Chorus 28, portrait), ce sont, avant tout, les chansons qui emportent le coeur. Ces textes généreux, cette écriture éminemment féminine, douce et pudique, d'une violence contenue. Andrée Simons dépeint de superbes portraits de femmes, tantôt amoureuses et patientes, tantôt étranges et vénéneuses. Elle rêve d'un avenir plus radieux, le long de rimes trempées dans le bain de 68. Et même si l'on a appris depuis que tout n'était pas si rose, que les lendemains ne chanteraient pas sur un claquement de doigts, la naïveté révolutionnaire qui émane de l'ensemble reste foncièrement émouvante : on n'y décèle qu'espoir et humanisme.
Face à cela, il y a donc Natacha Ezdra, interprète à la voix pénétrante, tombée en amour pour les chansons de son aînée. Elle nous les livre sans fioritures, dans un habillage musical riche (cordes, claviers, cuivres) et sobre à la fois (arrangements de Nathalie Fortin). On aime son vibrato profond, sa façon de prendre chaque mot à bras-le-corps, son évident respect de l'oeuvre ressuscitée, son impeccable diction. Au fond, Natacha Ezdra réussit le plus difficile : rester elle-même dans un monde a priori étranger, parvenant à faire de ce premier album un disque à deux voix, où l'une et l'autre se répondent.
Valérie Lehoux
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